samedi 21 mars 2009

Chiourme


Là où madame alors vous fûtes,
C’est peu de dire que moi j’étais.
De l’or, ces ciels, c’était l’été.
Puis ce fut vous, votre cœur, vous,
Et le mien fou, ma faim, ce loup,
Mais chut.

Moi l’armoise et vous l’olivier,
Où est l’ocre doux ? et vous, tendre,
Le ru labile et même cendre,
Des appels, et puis sous les feuilles,
Frais fruit, la flamme, oh ! c’est votre œil
Bleuet

Madame, vous étiez offrande,
Avec ce qui poigne, et puis crâne,
Mais l’ignorez-vous : vos arcanes,
Vos tarots menus me hachaient,
Vos sorts melliflus, et j’étais
Ta viande

Et cette infusion de badiane,
Vous rappelez-vous cet anis ?
Vous en suciez l’étoile délice.
T’en souvient-il, dis-moi, tu l’as...
C’était hier, l’hiver, mens-moi,
Pavane.

J’étais votre viande
Votre chien
Mangez-moi la main.
Tous ces bracelets
Vos bagouzes
Nos mots en in-douze.
Enfoncez mes clous
Je suis chouette
Que ta grange rivette.
J’étais votre viande
Votre chat
Crevez-moi neuf fois.


Il en viendra d’autres, madame,
De la dragueuse qui bien vous mine,
De l’étireuse et qui lamine.
Je m’en fous. Vous m’avez, minou,
Émié le cœur, et à bas vous,
Jusquiame !

mardi 10 mars 2009

« Ma soeur, un petit sourire »



[Claire Guezengar, Sister Sourire, une pure tragédie, Paris, Léo Scheer (Laureli), 2009.]

Des similitudes y sont – les ordres et le désordre, entre : avant ce final qui s’ensuit ce qu’on sait d’elle un peu, Bruxelles et la boutique, la guitare, la claustration résolue, certain goût du beau modique, les studios d’enregistrement, l’icône invisible ou l’image dépourvue de légende, la déconfiture.
Ce qui s’enfuit.
Certes ces similitudes.
Pour autant : Sister Sourire point égale ni réductible jamais à Sœur Luc-Gabriel, non plus qu’à Claire G. (pun intended – Guezengar sur cent quinze pages en la matière autorise tout – Big Mother is watching you).
Le tout très inversement.
« Je ne sais pas si on peut appeler ça une confession, c’est un terme galvaudé et un genre un peu éculé. L’Acculée, ce serait pas mal comme titre, ça me correspond assez. »
Dans Ouestern était l’« enculée » dont même on faillit faire un titre ; alors d’emblée c’est l’hyper (texte), manière que les pendules.
Et qu’à l’inverse on dérègle les genres, bio désorientée, la défunquée dit je – les désajustements, justement, seyant impec à l’empapée décoincée, pop un peu, mi-chair et mi-poisson, vantant, punk presque, la pilule d’or ou les gloires de la masturbation - et cette compagne de lit en dernier ressort alter ego du grabat.
Cette histoire s’est faite sans moi. Je reconstruis beaucoup, j’interprète des éléments depuis mon petit point de vue.
Guezengar on l’a dit s’autorise tout, bouscule sec.
« J’écrivais en français, je gardais le latin pour le folklore. »
Pan dans son sujet – que par ailleurs elle couve - « ma foi ressemblait à un petit yoyo fou » – on ne moque ici ni ne raille – Sister quand elle déraille émeut, touche en coulant, choit choyée.
« Pure tragédie ». Certes. « Sans doute que, depuis le début, ce n’était pas évident. » Destin scellé, spirale infernale, l’annonce faite à la guigne.
Soit.
Mais le verbe rit, des vers mirlitonnent et vachement, là, je dois le confesser, j’ai commencé par déchanter, des phrases vont routières, pauvres et chantantes, potaches trash. « J’étais antisociale. Si j’osais, j’ajouterais, je perds mon sang-froid. » Ni trop ni trop peu, les Évangiles sur vinyle, mouche à tout coup quasi - voyez deux pages très onomatopiques dont la louferie ménagère fleure la Complainte du progrès d’un garçon qui s’y entendait, et non comme à ramer des choux.
L’idée était venue de tout en haut. C’est-à-dire en fait d’en bas, un peu plus au sud. Au Vatican. Le souverain pontife et ses sbires discutaient sec pendant ces années-là. Vatican II fut une révolution. Chanter, prier, gratter, galvaniser les foules, faire onduler les paroissiens. Pénurie d’organistes, préférons les guitaristes. C’était le refrain de l’époque.
Les gros bonnets ont enfin pigé que le latin n’était pas une langue si populaire. La messe est dite, ça sonne aussi bien en français. Optez pour le vernaculaire, qu’ils disaient. Maintenant, les prêtres vous parlent droit dans les yeux.

« Tout cela est vrai.
Tout cela je l’ai lu. »
Péchez plus.
Lisez.

samedi 7 mars 2009

Thiais (03)


[voir ici]
« Vous êtes née, madame Jasmine E. M., à M., le 1er janvier 1946.
Vous avez vu le jour dans un pays d’ocre et d’hectares d’oliviers, de collines douces et de pain rond.
Vous avez vu le jour là où jamais l’on ne laisse un homme, ou une femme, se porter seul en terre.
Nous ignorons ce qui fait que votre parcours s’achève ici, dans le pâle et le gris, dans le froid. Et pour quelle raison cette solitude ?
À ces questions pour toujours sans réponse nous tâchons aujourd’hui d’opposer notre présence menue à vos côtés, nos pensées sobres, et ces quelques lignes du Libanais Khalil Gibran :
“Qu’est-ce donc que mourir, si ce n’est s’offrir nu au vent et s’évaporer au soleil ?
[...]
Quand vous aurez bu à la rivière du silence, alors seulement vous pourrez véritablement chanter.
[...]
Et dès lors que la terre aura réclamé votre corps, vous saurez enfin danser.”
Adieu, madame. »