mercredi 30 avril 2008

bosphore

J’ai été fondeur pendant trente-cinq ans, je suis tombé deux fois dans le coma à cause de la chaleur, parce que le métal en fusion sort à 1500 degrés.
Bouclant, citron pressé, ces semaines-ci un turbin.
« Voilà. Je suis abruti par le travail. Quand je tape beaucoup à la machine, je ne vois plus les mots que comme des assemblages de lettres. C’est f - a - t - i - g - a - n - t - E - t - j - e - t - e - m - b - r - a - s - s - e - b - i - e - n - f - o - r - t »
(Raymond Queneau à son fils, 6 janvier 1956)
Pas à l’œil. Non plus pour ceux d’une sur qui ci-dessous geint Vian [bande-son : Calypso Blues], d’une « méchante fe-e-mme », shampooineuse ou bien, boum boum, chez Max et qui s’écartant la corolle rendit certain « moitié coucou ».



Mais au début, on était en casquette, les casques c’est venu après. Ça a pas empêché qu’un gars a été décapité devant moi. Ça marque, ça. Ce qu’on avait surtout, c’était des brûlures de plomb, de zinc ou de soude caustique. On travaillait le plomb à 400 degrés. Vous voyez, on l’écumait sur le chaudron, quoi. J’ai vu des gars, dans ces années-là, en quatre heures, ils s’ingurgitaient sept à huit litres de bière. À l’époque, c’était un boulot de bagnard. Non, même les bagnards l’auraient pas fait.
Ça gravait alors au compas souf(f)re et potasse en mathélem, dans le gras des tables.
Ces chimies loin, ces matières, ce même bois dont on n’est pas fait, ces sorts peu communs. Ces feux et ces températures.
Embrasements non comparables.
Bûcher.
Bûche — Moi, j’ai du plomb dans le corps, quand mes articulations se bloquent, ça vient du plomb — avec l’or doux.
Pas à l’œil certes mais dans la bénévolence.
Alors chut.
Remise des feuillets le 06 mai.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

je n'ai pas très bien compris... de quel livre est extraite cette histoire de fondeur ? ça m'intéresse, mon mari est sculpteur et il a été fondeur de nombreuses années...

juliette mézenc

DANIELE MOMONT a dit…

Il s'agit de témoignages rassemblés suite à la fermeture de l'usine Metaleurop, à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) :
Metaleurop, paroles ouvrières, Frédéric H. Fajardie, Mille et une nuits, 2003.
Bien cordialement,
DM.

Anonyme a dit…

je prends note et je commande, merci !

juliette