lundi 19 mai 2008

Carthago... (1/2)


Alors ç’a été l’amour fait comme il faut qu’il se fasse au pays de murs blancs et de portes très bleues —
doucement.
Épaisseurs et chaux, de ces voiles comme des pansements,
sa gaze ou son lin. C’est l’or doux.
Dans ce pli.
De sandales ; teinture. Odeurs (ses cheveux peut-être contre l’organza).
Qu’on lui donne un clou de sa porte.
Langues dardées des agaves qu’on longe, les langues qu’ils rincent au ciel, dardées, diluées
— la main non, mais en France c’est la même chose. Tant de turquoise.
Dans l’émail de ses dents la lune même — tendant un doigt bagué, dardé, vers les figuiers de Barbarie qu’il exècre elle le moque et c’est un baume. Il y a chez elle (dans un coin de la courette on se pique aux yuccas) d’autres fleurs et de rouges sur le mur, des palmiers velus.
Dardés.
Dans l’air qui tremble.
Dilué.
(j’avais parlé sottement, « j’aimerais te stupéfier » ; j’aimerais toujours)
Et cet éclat de coquille en aspersion légère
— à la base de la fontaine elle a posé en rond des pots de géraniums
— leurs tiges torses et ce pétale de velours délabré qui pour ainsi dire fond entre les doigts comme une pourriture, il entend encore, dilué, le cuir des semelles sur les dalles.
Chair pressée.
Pourquoi a-t-il fallu que l’autre jour on m’en dise à propos des lauriers-roses de Carthage ?
(La chair mouillée, dardée, de son orteil.)
Chair pressée.
La pâte fine de terre et sable, la mouillure. Sous l’orteil la poussière, diluée, minérale.
Cette pulvérulence à ses pieds et comme l’envie prend là — chair pressée — de les lui baigner — dilués — dans une cuvette où l’eau contre le fer rendrait un son de gong — cette aspiration —
trou noir, pour un chat, une balle passée sous un meuble
(à tel point qu’il semble que le coeur manque, qu’il va manquer —
elle portait en bandoulière une grande cicatrice).
Se planter, dardé, c’est l’heure où le muezzin porte ses lèvres au ras des toits, où sauf lui tout se tait, quiet, coi,
brune, quasi, où son appel s’enroule mou — une étole —,
se planter face au grand panneau encollé d’outremer, dilué, boire bleu devant l’eau avec le ciel qui va s’évasant en arrière de soi, le ciel, pressé, tout, réfléchir en goulées, diluer, avaler, tout, et l’air et l’eau, prendre puis laisser le sel,
le décanter, repousser ces paquets d’algues lourdes et les méduses couleur de chique enkystées.
Dans le sable.
Laisser l’anguille, dardée, à la mort mêmement promettre la lueur d’un anchois entre deux cailloux, l’étoile au filet tombée dans son nylon.
Le grand ciel plan avait de quoi nous étancher.

6 commentaires:

antoine brea a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
antoine brea a dit…

De toute façon il faut détruire Carthage...


http://editions-hache.com/brea/brea11.html

patrick a dit…

j'aime bien ces couleurs et le turquoise mais justement la lumière, n'y a-t-il au monde que celle de Marrakech pour l'illuminer, comme le rouge le soleil d'Asie ou le safran celui d'Inde ou plutôt ce dernier, capable de les sublimer tous?

Olga a dit…

Très beau texte

Anonyme a dit…

j'aime beaucoup les bribes à bibi, merci.

juliette mézenc

albin, journalier a dit…

Albin biberonne les bribes à bibi c'est pas de la bibine.