mercredi 19 novembre 2008

Ali Dada et les quarante bougies


« Et puis les années passent.
Inquiétude.
Que faire pour la surmonter ?
Une ligne plus une ligne. En rester là coûte que coûte. »
(Robert Pinget, Taches d’encre, Paris, Minuit, p. 90)

mardi 11 novembre 2008

« Vas-y, bidasse, remplis mon quart. »


« Vous savez aussi bien que moi, commença l’obstiné, que nous sommes en temps de guerre. La somme que vous me devez, je vous l’ai prêtée avant la guerre et, sans cette guerre-là, je n’insisterais pas pour le paiement immédiat. Mais j’ai eu récemment de bien tristes expériences. »
Il tira un calepin de sa poche et continua :
« Tout est inscrit là. Le lieutenant Jonata me devait sept cents couronnes, et il a osé tomber sur la Drina. Le sous-lieutenant Prachek s’est fait faire prisonnier au front russe, et il me doit deux mille couronnes. Le capitaine Wichterle, qui me doit la même somme, s’est fait massacrer par ses propres soldats à Rawa Rouska. Le lieutenant Machek, qui est prisonnier des Serbes, me doit quinze cents couronnes. Et j’en ai encore pas mal comme ça. Il y en a un qui tombe dans les Carpathes, un autre se noie en Serbie, un autre encore meurt dans un hôpital en Hongrie, et pas un ne se soucie de ce qu’il me doit. Vous comprenez maintenant mes raisons, vous voyez bien que je sortirai ruiné de cette guerre si je ne me décide pas à devenir énergique et impitoyable. Vous allez faire valoir peut-être qu’avec vous il n’y a pas péril en la demeure, parce que vous êtes à l’arrière. Mais tenez... »
Il mit son calepin sous le nez du Feldkurat :
« Lisez vous-même. L’aumônier militaire Matyas, décédé le... dans le pavillon des cholériques. Il y a de quoi devenir fou, quelqu’un qui me doit dix-huit cents couronnes et qui s’en va tranquillement donner l’extrême-onction au premier venu atteint de choléra.
— C’était son devoir, cher monsieur, fit le Feldkurat ; demain, moi aussi, je vais administrer.
— Et dans une baraque à choléra la même chose, ajouta Chvéïk. Vous n’avez qu’à nous accompagner, et vous verrez ce qu’on appelle des gens qui se sacrifient.
— Monsieur l’aumônier, insista l’autre, croyez-le, je suis dans une situation plus que précaire. On dirait vraiment que cette guerre est faite exprès pour supprimer de la face du monde tous mes débiteurs.
— Quand vous serez soldat - vous savez qu’on prend maintenant des civils -, et quand vous irez au front, nous dirons avec M. l’aumônier une messe pour que le Bon Dieu daigne se souvenir de vous et régler votre compte avec le premier shrapnell parti des lignes ennemies. »
(Jaroslav Hašek, Le brave soldat Chvéïk)

lundi 3 novembre 2008

Tutti-frutti


Bibi bloque - conséquemment déblogue -,
que des machins strangulent sans qu’ils
se laissent identifier pour autre chose
que des bagatelles ou de moindres, quoi
qu’il en soit ça serre, bibi s’exaspère
de ce collier de patates un chouïa sot,
que bibi trimballe, qui si souvent fait
sauter ses chaînes mieux que celle d’un
biclou - bibi chaque fois, à la fois se
libère et déraille, alors quelle gueule
opposer aux broutilles, songe bibi, non
tant pour les effarer que pour qu’elles
acceptent qu’on les tire après soi avec
au cœur le cœur menu du coureur de cent
mètres s’élançant avec, au pied, sur la
cendrée ce gros et lourd boulet ciré de
cartoon ? La gueule, bibi le sait, est,
bibi l’observe chez d’autres et bibi le
pressent, multiple - composite à l’égal
de celles d’Arcimboldo, bigarrée, quasi
monstre au besoin - on pense à ce grand
inégalable de Vollmann (William T.) qui
aime la bariolure, le projet, le multi,
dont il subodore qu’il les fulmine à la
poire de la mort - death - comme il lui
servirait des pruneaux (il dit bullets)
en plein buffet pour toujours tenter de
la repousser loin de lui ainsi que fait
chacun, chacun à sa manière et selon ce
dont il dispose en façon d’attirail qui
désoriente un brin la Parque, un moment
la camarde, bref, l’inégalable Vollmann
donne tantôt Les Fusils, ou bien ces 13
récits et 13 épitaphes
- une autre fois
Poor People, à moins que Des putes pour
Gloria
et il faut en passer, dans cette
langue à valdas pour les hures de Sœurs
Filandières, tous styles et syntaxes au
chaudron brassés, touillés et jubilants
dans la bosse ou la plaie, en l’abyssal
contus du verbe de William T. Vollmann.
Bibi sait à sa micro mesure désirer ces
marqueteries et ces jaspures - voudrait
jouer son Pic - « car si l’homme est le
petit monde, en pareil cas le monde est
le grand homme » -, son Terence au mini
pied, homo sum et humani nihil, a me...