dimanche 17 février 2013

17.02.13

Maintenant, c'est par ici que ça se passe :
L'escargot fait du trapèze
(à quatre mains avec Joëlle Olivier)
Bonne lecture !

mardi 9 février 2010

Tour de casse-casse

[casse, daniel foucard, laureli/léo scheer, 2010]
daniel foucard sait les gratte-ciel de la planète et la hauteur qu’ils font.
daniel foucard prend le temps de réfléchir à l’agencement des petits tas.
foucard sort casse.
casse narre une affaire d’art et de faussaire.
il se rend sur les lieux, se promène, regarde
casse dit un casse imparable.
tu crois vraiment ?
casse polar est un engin épistolaire à un correspondant dont le pacson d’épîtres émet en direction d’un chinois dit li — casse articule des noms propres, très propres, qu’on brûle de tenir pour symboles.
tu crois vraiment ?
ou pas.
casse plein ses lettres — la guerre de l’intelligence est une énergie collective — se clôt sur des post-scriptum socio-politiques mettons (quoique « aucun trait d’union n’[ait] été utilisé pour l’écriture de ce livre ») auxquels est attribuée une police de caractères distincte — on sait au moins depuis civil que foucard et la police de caractère...
dans ce bar, on ne parle que de la pluie et du beau temps
casse pour autant n’est pas duel, il est bien plus que cela.
cocktail de dissipation, de douceur et d’abandon
casse en missives attire encore l’œil avec une vietnamienne qu’on aime et puis qu’on baise, à laquelle on fait un enfant.
tu crois vraiment ?
il y a dans casse des sentences asiatiques déboulonnées bredi-breda page quatre-vingt-huit — casse a tôt fait de donner à entendre que schème n’est pas un ornement.
sans même un regard vers son complice
casse ici cause une langue de manuel, de précis, là plus, quasi popu, ailleurs encore c’est autre chose, et puis de la sci-fi.
casse brasse, casse est une diablerie.
à toi
du temps qu’on était sorbonagre on aurait dit dentelle du feuilleté actantiel, brouillage et balisage, mise en abyme contre effet de réel.
on dit pop, trash, cool, bariolé, déjanté, imitatif, fun, musicable, fuckable, rangeable, pratique, traditionnel, authentique, frais, chic, etc.
non. on dit que casse est ficelle comme un fusil à tirer dans les coins.
tourner la page serait encore trop simple
casse est toujours ailleurs et sans cesse autre chose. autrement.
par casse et c’est conçu pour : on se fait forcément avoir.
on dit de quoi ça parle et quand ? qui au final ? à qui et puis pourquoi ?
on dit 980 000.
foucard a sorti casse.
daniel foucard doit se réactiver après chaque expo.
le 4 janvier dernier on inaugurait à dubaï la plus haute tour de la planète, burj khalifa.
casse arrivait le 6.
tu ferais quoi, toi ?
[on signale : daniel foucard sera ce jeudi 11 février 2010 à partir de 19 heures à la librairie pensées classées, 9 rue jacques cœur, paris, pour une soirée lecture/discussion/signature]

Ça repart !

lundi 27 juillet 2009

Thiais (05)



[voir ici]
« Faut-il se décourager, madame ?
Vous reposez devant nous, et pourtant, je ne suis pas même capable de prononcer comme il convient votre nom.
Faut-il se décourager ?
Vous reposez devant nous, madame Anekhan L., mais il m’a fallu un dictionnaire pour situer précisément le Laos où vous êtes née, le 03 décembre 1952 ; pour identifier sa capitale, où vous avez vu le jour.
Faut-il se décourager, madame, à la pensée qu’ayant parcouru la moitié du monde, vous deviez le laisser en compagnie d’une poignée d’inconnus ?
Au découragement, à ce qui passe et qu’on ne retient pas, souvent j’oppose un livre. Songeant au Mékong, que vous avez connu, j’ai choisi Duras, qui l’a connu aussi, quoique bien en aval.
J’ai choisi le Mékong, qui passe et qu’on ne retient pas :
“Je regarde le fleuve. Ma mère me dit quelquefois que jamais, de ma vie entière, je ne reverrai des fleuves aussi beaux que ceux-là, aussi grands, aussi sauvages, le Mékong et ses bras qui descendent vers les océans, ces territoires d’eau qui vont aller disparaître dans les cavités des océans. Dans la platitude à perte de vue, ces fleuves, ils vont vite, ils versent comme si la terre penchait.”
Adieu, madame. »

lundi 6 juillet 2009

Hue



Günter Grass, Le tambour, traduction Jean Amsler :
« Répétant sans arrêt : “On va ben voir” et “ben voir un peu”, le docker continua de haler la corde, mais avec un effort accru, il descendit les pierres au-devant de la corde et tendit la main — maman ne se détourna pas assez tôt — d’un geste large vers l’échancrure gargouillante du granit, chercha, saisit quelque chose, raffermit sa prise, tira et réclamant à grands cris place libre balança à la volée, au milieu de nous, quelque chose de lourd qui ruisselait, un paquet de vie jaillissante : une tête de cheval, une tête de cheval fraîche, comme authentique, la tête d’un cheval noir, une tête de moreau à crinière noire donc qui hier encore, avant-hier encore pouvait avoir henni ; car la tête n’était pas pourrie, ne sentait rien, tout au plus l’eau de la Mottlau ; mais tout sur le môle sentait cela.
Déjà l’homme à la casquette de docker — à présent il l’avait rejetée sur la nuque — se tenait jambes écartées au-dessus du morceau de carcan, hors duquel surgissaient furieusement de petites anguilles vert clair. L’homme avait de la peine à les attraper ; car des anguilles, sur des pierres lisses et par-dessus le marché humides, se meuvent vite et adroitement. En même temps, aussitôt, les mouettes et les cris de mouettes furent sur nous. Elles plongeaient, se mettaient à trois ou quatre pour attraper une anguille petite ou moyenne ; elles ne se laissaient pas chasser ; le môle était à elles. Pourtant le docker réussit, en tapant à tour de bras et en plongeant les mains parmi les mouettes, à mettre deux douzaines peut-être de petites anguilles dans le sac que Matzerath, serviable comme il s’en donnait volontiers l’air, lui tenait. De la sorte il ne put voir maman pâlir à la manière d’un fromage blanc et, tout de suite après, appuyer la tête sur l’épaule de Jan et sur le col de velours.
Mais une fois les anguilles petites et moyennes dans le sac, le docker, de qui la casquette était tombée par terre au cours de ce travail, commença à extraire du cadavre des anguilles plus grosses, de couleur sombre. Alors maman dut s’asseoir, Jan voulut lui détourner la tête, mais elle ne se laissa pas faire et continua furieusement de darder un regard globuleux de vache sur l’autopsie grouillante à laquelle procédait le docker.
“Voyons voir”, haletait-il par intervalles. “Eh ben on va regarder.” En s’aidant de sa botte d’égoutier, il entrebâilla la bouche du cheval et fourra un gourdin entre les mâchoires de telle sorte qu’une impression se forma : toute la denture jaune de la bête éclatait de rire. Et quand le docker — maintenant on voyait que par le haut il était chauve et ovoïde — plongea les deux mains dans le gosier et en tira d’un seul coup deux anguilles, grosses au moins comme le bras et aussi longues, maman aussi en eut la gueule ouverte : elle rejeta tout son déjeuner, albumine grumeleuse et jaune d’œuf qui s’étirait en fils parmi des flocons de pain blanc baignés de café au lait, sur les pierres du môle. Elle était encore agitée de spasmes, mais plus rien ne venait ; elle n’avait pas tellement mangé au petit déjeuner, parce qu’elle avait du poids en trop et voulait absolument maigrir. Elle essayait pour ce motif toutes sortes de régimes qu’elle suivait rarement — elle mangeait en cachette — et il n’y avait qu’une chose à laquelle elle se tînt : la gymnastique du mardi à l’Organisation féminine, bien que Jan et même Matzerath la prissent à la rigolade quand, avec son sac de sport, elle allait chez ses rombières grotesques, travaillait, en satin bleu, aux massues et cependant ne maigrissait pas.
Cette fois-là, maman avait au plus craché une demi-livre sur les pierres et elle eut beau se forcer elle ne parvint pas à perdre davantage. Ce qui venait encore n’était que mucosités verdâtres — mais les mouettes vinrent aussi. Elles étaient déjà sur place quand elle se mit à vomir ; elles viraient plus bas, se laissaient tomber avec un “flac” gras, se battaient pour le déjeuner de maman ; elles n’avaient pas peur de prendre du poids. Il n’y avait pas moyen de les chasser — qui l’aurait pu ? — tandis que Jan Bronski en avait peur et tenait ses mains sur ses beaux yeux bleux. »

mardi 30 juin 2009

puis de nouveau griffonnant au coin du feu


et cet accrochement des vivants à la vie
on sait un peu le maître, un peu le vieux,
si bien qu’avant l’âpre sommeil maclé l’on
élit le marais aux carcasses d’oiseaux, ce
voisinage sec - on craint sinon l’écœurant
remuage de sucs dont le vieux vomirait kif
le remuement car qui fissa se décatit s’en
va brimbalant sa piètre chimie de la tripe
spadassine, de gras organes ecchymotiques,
de fonds, et l’alentour dans le même temps
vain s’aigrissant, le monde qui se vide et
vicie sous l’œil des vieux qu’on est, sera
ad vitam. contre un toupin crachant on dit
corne, ce bec, la dessiccation pendillante
au large de quoi croisent les chèvres suie
et cendre, bref, nos cœurs dessuintés pour
permettre qu’au cœur de la vaste nuit sans
fond l’on s’autorise ici ou là les mirages
tarte, la larmiche, le transport rémittent
sans qu’en soit jamais corrodé pour autant
le quant-à-soi rp - se tenir, s’y tenir, y
tenir comme à sa prunelle, l’œil de vieux,
l’œil-de-vieux - à moins que la longue-vue
sertisseuse de pâtre, ce qu’il convient de
ténuité, d’obstination à durer, de tenaces
attachements, c’est là qu’est tout pinget,
badadia et corcoran - l’homo bulla dans le
creux du mouchoir et sans autre prétention
que bribe ou marge. vanitas crasse, pinget
c’est ça, le nez dedans et pourtant sursum
corda
, « comme on dit à la messe », contre
pommard et toupin repoussant, glaviotant :
simone vivace et modestement crâne. mieux,
simone ou les vieux deux facettes – chacun
ce harnais, à tous la charrue, cette haute
exigence de nous – du nerf – quoique ligne
à ligne dans la mouise et la patouillant :
pas à pas jusqu’au dernier - et fi donc si
semi clabotant. j’ai plus de souvenirs que
si – attention réminiscences – surtout les
bons qui font si mal – tu me laisses finir
comme ça ?
grasse crasse grise, cette scie
du souvenir et de l’observation - derechef
on désire pour soi le marais aux carcasses
d’oiseaux, souhaitant, quasi rendu une fin
pareille en sommeil et repli, la révérence
cornée, passer dans l’inaperçu, on se rêve
un terme induré, à tel feu durci, écailles
indifféremment ou le fer de la bêche, sans
sécrétions, sans plus (rideau) d’effusions
ni de tissus muqueux - telle poussière dès
longtemps promise aux deux cents os - bien
que fussent, et dès longtemps, perdus tous
les espoirs de cette poudre aux yeux. dans
un ultime élan on tient là-bas, petitement
à devenir l’organiste vieil et tordu comme
une mandragore
, on tient à s’entêter, vers
où passe la gardeuse qu’on dit finaude, et
plus largement quelque part entre fantoine
et agapa, on tient, donc, à s’user sur les
notes (un merle en siffle trois) ainsi que
sur la phrase, « sept mille fois sept fois
répétée », chantre à l’ambitionner idéale,
quoiqu’on la sache, à jamais, « pas encore
trouvée » - tu me laisses finir comme ça ?

lundi 15 juin 2009

Thiais (04)



[voir ici]
« Pour un peu, vous seriez ces quelques planches qui vous contiennent.
Vous vous appelez Claude A., vous êtes né le 9 juin 1944 à P.
Vous venez d’avoir 65 ans.
Quelques planches vous contiennent, et nous ignorons tout de vous.
Sauf ces planches où vous ranger.
Quel genre de vie est-ce là, où il arrive que des vivants portent en terre des morts sans famille, sans amis ?
Dans ce genre de vie-là, monsieur, nous n’avons pas plus d’âme que la boîte qui vous renferme.
Nous sommes debout, mais debout comme des planches.
Nous sommes en bois.
C’est pourquoi le geste que nous accomplissons ce matin paraît si dérisoire.
Soyez certain pourtant, qu’avec la toute petite âme que nous tâchons de mettre dans notre bois, nous saurons garder présent votre souvenir.
Nous ne vous oublierons pas.
Adieu, monsieur. »

mardi 2 juin 2009

Freak chaud : le trailer


Bibi ayant bûché sur
Le clavier cannibale
, Claro, Éditions Inculte, Paris, 2009 :

Texte à REPARAÎTRE sous peu !

mardi 5 mai 2009

mercredi 1 avril 2009

Formule ch'timique


Parce qu’on croise en haut de la carte autre chose que les postiers de Bergues, Bibi lit, fi des fricadelles ou des guiffes, Patismit en picard (le texte et sa traduction par ici), de l’emballant poète bath Lucien Suel qu’on salue dans l’enthousiasme et l’amitié :


samedi 21 mars 2009

Chiourme


Là où madame alors vous fûtes,
C’est peu de dire que moi j’étais.
De l’or, ces ciels, c’était l’été.
Puis ce fut vous, votre cœur, vous,
Et le mien fou, ma faim, ce loup,
Mais chut.

Moi l’armoise et vous l’olivier,
Où est l’ocre doux ? et vous, tendre,
Le ru labile et même cendre,
Des appels, et puis sous les feuilles,
Frais fruit, la flamme, oh ! c’est votre œil
Bleuet

Madame, vous étiez offrande,
Avec ce qui poigne, et puis crâne,
Mais l’ignorez-vous : vos arcanes,
Vos tarots menus me hachaient,
Vos sorts melliflus, et j’étais
Ta viande

Et cette infusion de badiane,
Vous rappelez-vous cet anis ?
Vous en suciez l’étoile délice.
T’en souvient-il, dis-moi, tu l’as...
C’était hier, l’hiver, mens-moi,
Pavane.

J’étais votre viande
Votre chien
Mangez-moi la main.
Tous ces bracelets
Vos bagouzes
Nos mots en in-douze.
Enfoncez mes clous
Je suis chouette
Que ta grange rivette.
J’étais votre viande
Votre chat
Crevez-moi neuf fois.


Il en viendra d’autres, madame,
De la dragueuse qui bien vous mine,
De l’étireuse et qui lamine.
Je m’en fous. Vous m’avez, minou,
Émié le cœur, et à bas vous,
Jusquiame !

mardi 10 mars 2009

« Ma soeur, un petit sourire »



[Claire Guezengar, Sister Sourire, une pure tragédie, Paris, Léo Scheer (Laureli), 2009.]

Des similitudes y sont – les ordres et le désordre, entre : avant ce final qui s’ensuit ce qu’on sait d’elle un peu, Bruxelles et la boutique, la guitare, la claustration résolue, certain goût du beau modique, les studios d’enregistrement, l’icône invisible ou l’image dépourvue de légende, la déconfiture.
Ce qui s’enfuit.
Certes ces similitudes.
Pour autant : Sister Sourire point égale ni réductible jamais à Sœur Luc-Gabriel, non plus qu’à Claire G. (pun intended – Guezengar sur cent quinze pages en la matière autorise tout – Big Mother is watching you).
Le tout très inversement.
« Je ne sais pas si on peut appeler ça une confession, c’est un terme galvaudé et un genre un peu éculé. L’Acculée, ce serait pas mal comme titre, ça me correspond assez. »
Dans Ouestern était l’« enculée » dont même on faillit faire un titre ; alors d’emblée c’est l’hyper (texte), manière que les pendules.
Et qu’à l’inverse on dérègle les genres, bio désorientée, la défunquée dit je – les désajustements, justement, seyant impec à l’empapée décoincée, pop un peu, mi-chair et mi-poisson, vantant, punk presque, la pilule d’or ou les gloires de la masturbation - et cette compagne de lit en dernier ressort alter ego du grabat.
Cette histoire s’est faite sans moi. Je reconstruis beaucoup, j’interprète des éléments depuis mon petit point de vue.
Guezengar on l’a dit s’autorise tout, bouscule sec.
« J’écrivais en français, je gardais le latin pour le folklore. »
Pan dans son sujet – que par ailleurs elle couve - « ma foi ressemblait à un petit yoyo fou » – on ne moque ici ni ne raille – Sister quand elle déraille émeut, touche en coulant, choit choyée.
« Pure tragédie ». Certes. « Sans doute que, depuis le début, ce n’était pas évident. » Destin scellé, spirale infernale, l’annonce faite à la guigne.
Soit.
Mais le verbe rit, des vers mirlitonnent et vachement, là, je dois le confesser, j’ai commencé par déchanter, des phrases vont routières, pauvres et chantantes, potaches trash. « J’étais antisociale. Si j’osais, j’ajouterais, je perds mon sang-froid. » Ni trop ni trop peu, les Évangiles sur vinyle, mouche à tout coup quasi - voyez deux pages très onomatopiques dont la louferie ménagère fleure la Complainte du progrès d’un garçon qui s’y entendait, et non comme à ramer des choux.
L’idée était venue de tout en haut. C’est-à-dire en fait d’en bas, un peu plus au sud. Au Vatican. Le souverain pontife et ses sbires discutaient sec pendant ces années-là. Vatican II fut une révolution. Chanter, prier, gratter, galvaniser les foules, faire onduler les paroissiens. Pénurie d’organistes, préférons les guitaristes. C’était le refrain de l’époque.
Les gros bonnets ont enfin pigé que le latin n’était pas une langue si populaire. La messe est dite, ça sonne aussi bien en français. Optez pour le vernaculaire, qu’ils disaient. Maintenant, les prêtres vous parlent droit dans les yeux.

« Tout cela est vrai.
Tout cela je l’ai lu. »
Péchez plus.
Lisez.

samedi 7 mars 2009

Thiais (03)


[voir ici]
« Vous êtes née, madame Jasmine E. M., à M., le 1er janvier 1946.
Vous avez vu le jour dans un pays d’ocre et d’hectares d’oliviers, de collines douces et de pain rond.
Vous avez vu le jour là où jamais l’on ne laisse un homme, ou une femme, se porter seul en terre.
Nous ignorons ce qui fait que votre parcours s’achève ici, dans le pâle et le gris, dans le froid. Et pour quelle raison cette solitude ?
À ces questions pour toujours sans réponse nous tâchons aujourd’hui d’opposer notre présence menue à vos côtés, nos pensées sobres, et ces quelques lignes du Libanais Khalil Gibran :
“Qu’est-ce donc que mourir, si ce n’est s’offrir nu au vent et s’évaporer au soleil ?
[...]
Quand vous aurez bu à la rivière du silence, alors seulement vous pourrez véritablement chanter.
[...]
Et dès lors que la terre aura réclamé votre corps, vous saurez enfin danser.”
Adieu, madame. »

dimanche 15 février 2009

Muser haut, muser bas


[Ricky, de François Ozon, avec Alexandra Lamy, Sergi López...]
Du fait que vivre tue on se casque, on se masque – et Ricky quand on l’y risque n’y coupera pas non plus, infans d’un coup chitineux.
Du fait que vivre émeut on baise.
Après quoi cela vous reste sur le cœur sous l’espèce de l’increvable crierie de Ricky que presque on exècre.
À force.
Mais cela, voyez, va se rédimant car la vie n’est pas toujours si chienne.
Et parce qu’ailleurs cela gouleye, cela coule : car Ricky c’est du lait.
Sous la peau sans apprêt du sein les canaux lactifères, les biberons qu’à tort on s’imagine innombrables – tétins et tétines bouchant, bondonnant bébé, obturant le cri de Ricky dont l’expression vit ailleurs, lacs lactés des œils dans quoi flotte un pois bleuet – la mère, la fille, le fils, idem – et c’est, au fond, de lait, à la fin, qu’on croirait que Katie dégouttant ruisselle, dont la mamelle aurait giclé comme celle d’Héra aux ciels dont précisément Ricky montre la voie.
Ricky galatophore.
Mieux : Ricky blanc, le point blanc sur le papier blanc (ce pour quoi un temps le père est forclos, l’ogre au poil noir et le dévoreur de poulet quand l’enfant se fait un temps galliforme) – mais blanc double (et Ricky d’ailleurs entier double : poussée du merveilleux sous l’œil de la famille ; pour le reste du monde survenue fantastique), blanc duel incarné dans le blanc carné de Lisa, tantôt crevarde et tantôt lumineuse, blanc blême ou blanc de lait, blanc des rêves ou de la carence conjuguée à l’émaciation, ici quasi cadavéreux et là nitescent, diaphane parfois jusqu’au hyalin (ces fois-là Ricky s’évapore, qui sait qui croire et d’où ça voit ?), masque albuginé, masque oui (d’où ça parle ?), quoi qu’il en soit lactescence, blanc flanqué de tous ses symboles, candeur invariablement mais toujours candeur de chair – hosanna : Ricky tu n’es pas un ange.

mardi 10 février 2009

Monte là-dessus


Cela se situe là.
Très étonnamment la croisée de ces rues-ci, au bas quand c’est en haut que la rencontre eut lieu – la rencontre c’est ailleurs : plutôt sa perpétration, les mois de soi s’abolissant et à cette abolition bichant, c’était là.
Sapidité ci-devant.
D’où vient qu’en bas cela sourde quand c’est là-haut.
Si bien qu’au pied des marches – bruine à pavé gras, on souhaiterait qu’il fît nuit, qu’un lampion l’huile, qu’on déploie des grisettes -, je me scinde – car P* poussa là : lors la carte postale est itou le plus confidentiel de soi, le for, soi certes non plus prescrit mais soi tout à fait, soi sans soif ni fin, soi reclus peut-être mais parfois s’expansant, soi sans pleur, soi à soi soumis, soi sous l’astreinte et l’assouplissement.
Ductile.
Sans compter un défilé fondu vers Saint-Vincent, des tantes exhumées, croit-on, de Notre-Dame-des-Fleurs.
On paye à la librairie le dernier Jean Rolin, deux recueils de Roubaud, les Histoires blanches d’André Frédérique.
Sur quoi retour gourbi.

mercredi 21 janvier 2009

Thiais (02)


Pour les explications, cliquer ici.
« Au seuil de la mort, à l’âge de 82 ans, Louis-René des Forêts écrit :
“Tel que le voici devenu, on devrait dès à présent ne parler de lui qu’au passé, mieux encore, le laisser peu à peu glisser dans l’oubli.”
Ces mots hélas, monsieur Roger B., né le 10 février 1938 à C., vous regardent de près.
L’écrivain poursuit :
“En dépit des infirmités de la décrépitude et du sombre isolement où il vit ses derniers jours, le culte de l’amitié [...] demeure comme de tout temps son plus ferme et lumineux soutien.”
Ces mots hélas, au vu des circonstances qui nous réunissent aujourd’hui, semblent ne plus vous concerner que de très loin.
C’est pourquoi, monsieur, sans prétendre valoir celles et ceux qui, un jour ou l’autre, ont sans doute accompagné votre parcours, nous nous tenons près de vous ce matin.
Dans l’espoir malgré tout, et dans l’affection modeste.
Adieu, monsieur. »

jeudi 15 janvier 2009

mercredi 17 décembre 2008

« brutalité de la dépose en lambeaux lumineux »


« Cette femme patiente. Elle attend que l’appareil photographique ait lentement fait sa prise. Du fond obscur de sa propre image, dans l’eau vieille et sale du miroir, elle nous regarde, une femme se penche vers le fond de sa propre image, s’offre à la fois au miroir et à l’objectif. Sur de plus anciens tirages argentiques, comme cet autre de la maison Braun conservé aux archives départementales du Haut-Rhin, on distingue, un peu sépia, le reflet brouillé de son visage tendu vers nous dans le détour du miroir. Un jour de, disons 1863, elle est entrée dans le studio du photographe, ils ont patiemment arrangé les détails de cette scène. On ne sait pas combien de temps duraient les séances, certaines étaient longues, dix, quinze prises, des costumes, des accessoires, une vraie répétition, et la pose, contraignante, sans compter le tirage des plaques de verre au collodion qui devait se faire immédiatement après chaque photo, tout est construit, contraint, rien n’échappe. Ces images, celles-ci en particulier, ne parlent que de la longue préparation d’un corps au combat, que de la longue exposition d’un corps à sa propre séduction, à ce combat-là, à cette mort de très longue haleine et minutieusement préparée. Rien de pathétique dans ces images, rien non plus de fulgurant, rien de ce qu’on trouve souvent dans la photographie, l’éloge de l’instantané, l’essor, l’irruption, l’élan, rien de ces gestes héroïques qui persistent dans une photo mais qui ne furent dans la réalité qu’une apocalypse brève : un homme se dresse au sommet d’une colline, frappé de plein fouet, se hissant et s’écroulant à la fois ; une femme se retourne vers l’objectif dans un mouvement de surprise heureuse ; une femme hissée sur une pyramide de corps élève d’un geste immense le drapeau d’une nation ; un condamné à mort regarde l’objectif avec cette insistance calme qui est la marque même du passage, transi qu’il est déjà. Ici, au contraire, tout est immobile, tout est pris dans la durée, dans la persistance de ce corps à s’exposer, à durer dans sa pose, à se figer ainsi dans son reflet, nous regardant la regarder se regardant, cette femme observe, elle est le prédateur, elle est sa proie, elle est le cygne, elle est Léda, elle n’attend que d’être prise, ravie, mais par elle seule. »
(Nathalie Léger, L’exposition, P.O.L., 2008, p. 41-43)

lundi 8 décembre 2008

Thiais (01)


[Depuis peu j’ai rejoint le Collectif Les Morts de la Rue, entre autres accompagnant au cimetière de Thiais les défunts isolés que la Mairie de Paris enterre dans le Jardin de la Fraternité (jadis carré des indigents, qui pour les soins dont il fait aujourd’hui l’objet méritait qu’on le rebaptise).
À chaque inhumation nous sommes deux.
Avant de déposer une fleur sur la tombe (un cyclamen aujourd’hui), l’un ou l’autre lit un texte au bord de la fosse.
Je laisserai ici les miens, manière de prolonger l’hommage et d’inviter à connaître mieux le beau travail du Collectif.]

« Vous êtes né, Jean-Yves T., le 17 avril 1970 à N.
Vous aviez, monsieur, deux ans de moins que moi.
Pourtant je me tiens debout ce matin au pied de votre tombe.
Pourtant nous sommes tous deux jeunes encore, nous l’étions.
Vous l’étiez.
Depuis l’Est ou le Nord, tous deux nous venions de province et le monde, nous l’avons appris en même temps.
Pourtant vous êtes mort où je vis, dans le 18e arrondissement de la capitale.
Pourtant ce matin vous êtes seul, quand à votre place j’aurais une mère pour me pleurer, des amis chers.
Quel sort, monsieur, fait aux hommes des sorts si divers, si injustement variés ?
Le geste que j’accomplis ce matin en vous accompagnant peut sembler dérisoire au regard de ces sorts injustes et des fortunes accablantes.
Soyez assuré pourtant que par ce geste nous saurons garder présent votre souvenir, et vivace la colère.
Nous n’oublierons pas.
Adieu, monsieur. »

mardi 2 décembre 2008

Point c'est tout


Le 09 novembre, Laure Limongi déplorait avec raison le quasi silence entourant la parution, entre autres, de Mademoiselle de Biche, d’Emmanuel Tugny.
Le 10, elle reproduisait une belle lettre de Noëlle Renaude adressée à l’auteur.
Tugny par ici emballe et grise, Tugny ravit.
Depuis le Crevant happant.
Et quand Bibi lut Biche, Bibi bicha.
À venir : micro bafouille à quoi l’on s’essaiera dans l’engouement.
Pour l’heure dans un micro, Bibi bafouille.
Du Biche évidemment :