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mercredi 1 avril 2009
mardi 2 décembre 2008
Point c'est tout
Le 09 novembre, Laure Limongi déplorait avec raison le quasi silence entourant la parution, entre autres, de Mademoiselle de Biche, d’Emmanuel Tugny.
Le 10, elle reproduisait une belle lettre de Noëlle Renaude adressée à l’auteur.
Tugny par ici emballe et grise, Tugny ravit.
Depuis le Crevant happant.
Et quand Bibi lut Biche, Bibi bicha.
À venir : micro bafouille à quoi l’on s’essaiera dans l’engouement.
Pour l’heure dans un micro, Bibi bafouille.
Du Biche évidemment :
Le 10, elle reproduisait une belle lettre de Noëlle Renaude adressée à l’auteur.
Tugny par ici emballe et grise, Tugny ravit.
Depuis le Crevant happant.
Et quand Bibi lut Biche, Bibi bicha.
À venir : micro bafouille à quoi l’on s’essaiera dans l’engouement.
Pour l’heure dans un micro, Bibi bafouille.
Du Biche évidemment :
mercredi 16 juillet 2008
Le jeu des erreurs
One two three four five
« La Mort souriante découvrant de grandes dents blanches, essuyant son front moite sur sa manche, un jeune Latino dégingandé en T-shirt Cal Tech. »
On l’emmène sans délai
« La femme était étendue nue sous un unique drap blanc comme déjà sur la table d’autopsie. »
Peut-être plus à L.A.
« La mort venait vers elle en trombe et finalement dans la lumière déclinante de ce qui avait été (supposait-elle, elle n’était pas sortie, n’avait ouvert quasiment aucun de ses stores) une journée étouffante la Mort sonna à sa porte, et l’appréhension de l’attente fut terminée, ou le serait bientôt. »
Trois heures quarante-deux
« Ce drap collait à son corps fiévreux dessinant ventre, hanches, seins d’une façon à la fois excitante & répugnante à voir. »
Nue en diagonale
« Alors vint la Mort, le long du boulevard dans la lumière sépia du crépuscule. »
Téléphone à main droite
« “Madame ? Un paquet.” Sa bicyclette était hideuse et réduite à l’essentiel et le propulsait à travers les embouteillages et elle sourit en pensant que lui, un inconnu, lui apportait la Mort, sans savoir ce qu’il lui apportait. »
À la morgue d’L.A.
« Sous le drap, les jambes étaient lascives, un genou légèrement relevé. Un de ses seins, le gauche, était presque dénudé. »
Fifth Helena Drive
« Les yeux et les oreilles du monde. Un jour, ce sera ton unique lieu de refuge, mais pas tout à fait encore. »
Peut-être plus à L.A.
« Alors vint la Mort à coup sûr. La Mort inévitable. La Mort pressée. La Mort pédalant à tout rompre. La Mort transportant, dans son solide panier grillagé derrière la selle, un paquet marqué LIVRAISON EXPRESS/FRAGILE. »
Cinq août soixante-deux
[Featuring Serge Gainsbourg, Joyce Carol Oates, Claude Seban, Jane Birkin]
jeudi 10 juillet 2008
Sitôt l'archimagie
Participant modestement à Page 48, beau projet de Pierre Ménard :
« Le principe de ce site, qui existe depuis janvier 2005, est simple, il s'agit d'une série de lectures de livres de différents genres (roman, poésie, essai), mais une seule page, la page 48.
Ce projet s’inspire d’un texte de Joe Brainard, I Remember, dans lequel l’auteur américain évoque ses souvenirs à partir d’une formule récurrente lui servant de leitmotiv ou de ritournelle et dont s’inspirera ultérieurement Georges Perec en publiant Je me souviens.
“Je me souviens d'avoir projeté de déchirer la page 48 de tous les livres que j'emprunterais à la bibliothèque publique de Boston mais de m'en être vite lassé.”
Le parcours de ces poèmes forme une lecture entre les lignes des livres de chevet, qui nous accompagnent au quotidien, et dont on n’achève jamais vraiment l'inépuisable lecture.
Un livre est tout entier contenu dans une de ses pages. Ces poèmes tissent entre les lignes espacées de nos lectures, les trames d'un récit chaque fois renouvelé, son écriture en marge. »
« Le principe de ce site, qui existe depuis janvier 2005, est simple, il s'agit d'une série de lectures de livres de différents genres (roman, poésie, essai), mais une seule page, la page 48.
Ce projet s’inspire d’un texte de Joe Brainard, I Remember, dans lequel l’auteur américain évoque ses souvenirs à partir d’une formule récurrente lui servant de leitmotiv ou de ritournelle et dont s’inspirera ultérieurement Georges Perec en publiant Je me souviens.
“Je me souviens d'avoir projeté de déchirer la page 48 de tous les livres que j'emprunterais à la bibliothèque publique de Boston mais de m'en être vite lassé.”
Le parcours de ces poèmes forme une lecture entre les lignes des livres de chevet, qui nous accompagnent au quotidien, et dont on n’achève jamais vraiment l'inépuisable lecture.
Un livre est tout entier contenu dans une de ses pages. Ces poèmes tissent entre les lignes espacées de nos lectures, les trames d'un récit chaque fois renouvelé, son écriture en marge. »
On a oublié l’année. C’est en tout cas Mythologies d’hiver. On lit Mythologies d’hiver à croupetons sur ce parquet caramel qu’on ne saura bientôt plus.
« Quand elle meurt, son ange adorablement l’emporte. »
C’est à la page soixante-trois, on fond en larmes.
On ne pleure pas parce qu’elle meurt. Qu’elle meure importe peu. Il en faut plus au pleur. S’il vient c’est pour l’adverbe impeccable ; il arrive pour le faux alexandrin. Quant à la vergogne, étonnamment elle est au clou. Elle sait. Pressent avant que la conscience ne le saisisse qu’on entre dans une chose assez vaste pour qu’elle (la vergogne) consente à baisser un instant sa garde. On se dissout dans la chose immense qui au cœur de qui lit et s’y dilue tient lieu dès lors de dieu grêle. La chose considérable porte au cœur et dès lors ne le quitte plus.
D’aucuns assurent que lire Michon « c’est entrer dans une fresque ». On les croit. Mais par ici où toujours on a tiré subsistance et survie de l’infinitésimal, l’entière magie se tient dans le pas sculpté des bœufs, dans les louanges plus petites et les petits serpents très doux ; elle reluit sur la muraille verte. Offre ses mystères à la grande hostie de neige craquante, ces cheveux de paille gelée.
C’est l’année 2005, l’été croule. C’est sur la plage de Sainte-Marie-de-Ré où l’on ne va pas bien. De petits enfants jouent, qui cet après-midi-là portent au cœur de qui a conçu dès longtemps le choix de s’en priver. On croule. On ouvre Vie de Joseph Roulin. Comme on en fait craquer le dos, le soleil a soudain de la bénévolence. On va redressant avec résolution le petit totem intime, on « jubile sans ostentation ». On rentre : la chose innombrable chante.
« Quand elle meurt, son ange adorablement l’emporte. »
C’est à la page soixante-trois, on fond en larmes.
On ne pleure pas parce qu’elle meurt. Qu’elle meure importe peu. Il en faut plus au pleur. S’il vient c’est pour l’adverbe impeccable ; il arrive pour le faux alexandrin. Quant à la vergogne, étonnamment elle est au clou. Elle sait. Pressent avant que la conscience ne le saisisse qu’on entre dans une chose assez vaste pour qu’elle (la vergogne) consente à baisser un instant sa garde. On se dissout dans la chose immense qui au cœur de qui lit et s’y dilue tient lieu dès lors de dieu grêle. La chose considérable porte au cœur et dès lors ne le quitte plus.
D’aucuns assurent que lire Michon « c’est entrer dans une fresque ». On les croit. Mais par ici où toujours on a tiré subsistance et survie de l’infinitésimal, l’entière magie se tient dans le pas sculpté des bœufs, dans les louanges plus petites et les petits serpents très doux ; elle reluit sur la muraille verte. Offre ses mystères à la grande hostie de neige craquante, ces cheveux de paille gelée.
C’est l’année 2005, l’été croule. C’est sur la plage de Sainte-Marie-de-Ré où l’on ne va pas bien. De petits enfants jouent, qui cet après-midi-là portent au cœur de qui a conçu dès longtemps le choix de s’en priver. On croule. On ouvre Vie de Joseph Roulin. Comme on en fait craquer le dos, le soleil a soudain de la bénévolence. On va redressant avec résolution le petit totem intime, on « jubile sans ostentation ». On rentre : la chose innombrable chante.
mercredi 2 juillet 2008
Momont pas kawai
À preuve : c’est sur cette proposition qu’on fit hier, légère et court vêtue, que Boyz of Skandalz choisit de nous compter parmi ses membres - hosanna au plus haut des feux, et sirotons donc un thé dans le sabot évidé d’un bouc.
On rappellera, prenant l’habit sans le décrire car sur ces sujets les sbires, c’est entendu, ont le suçoir étanche, que Boyz of Skandalz « s'occupe de littérature & de Précieux Sang. de poésie & de chasse à l'âme. de poésie conçue comme une orfèvrerie barbare. comme un masque de mort mexicain. comme un cortège vaudou. comme une forte invasion de criquets. »
On ajoutera que Boyz of Skandalz « est une émanation d'auteurs et d'artistes bien vifs. un reliquaire d'ivoire pour les coeurs des morts qui palpitent. un trône d'âmes extatiques qui restent à couronner. ses affiliés occupent l'espace crânement. ils entendent y grandir. avant de se défaire de leurs bandelettes & de retomber en poussière. »
En hommage rituel à la Catrina qui accueille par là-bas le visiteur, le novice ou l’impétrant, un instant migrons-nous l’âme (qu’on promène ces temps-ci rincée mais digne à la boutonnière, non canulante on y tient) d’un coup de cette aile entre le puce et le caca d’oie à Quauhnahuac où calanchent Mingus et le Consul de Malcolm Lowry. Aux puissances osseuses, à la pulvérulence, au touriste une seconde attablé dans notre éphémère cantina servons ce qui survit quoi qu’il en soit dans les contrées de sueur et de taureaux assommés :
On rappellera, prenant l’habit sans le décrire car sur ces sujets les sbires, c’est entendu, ont le suçoir étanche, que Boyz of Skandalz « s'occupe de littérature & de Précieux Sang. de poésie & de chasse à l'âme. de poésie conçue comme une orfèvrerie barbare. comme un masque de mort mexicain. comme un cortège vaudou. comme une forte invasion de criquets. »
On ajoutera que Boyz of Skandalz « est une émanation d'auteurs et d'artistes bien vifs. un reliquaire d'ivoire pour les coeurs des morts qui palpitent. un trône d'âmes extatiques qui restent à couronner. ses affiliés occupent l'espace crânement. ils entendent y grandir. avant de se défaire de leurs bandelettes & de retomber en poussière. »
En hommage rituel à la Catrina qui accueille par là-bas le visiteur, le novice ou l’impétrant, un instant migrons-nous l’âme (qu’on promène ces temps-ci rincée mais digne à la boutonnière, non canulante on y tient) d’un coup de cette aile entre le puce et le caca d’oie à Quauhnahuac où calanchent Mingus et le Consul de Malcolm Lowry. Aux puissances osseuses, à la pulvérulence, au touriste une seconde attablé dans notre éphémère cantina servons ce qui survit quoi qu’il en soit dans les contrées de sueur et de taureaux assommés :
[bande-son : Charles Mingus, « Los Mariachis » in Tijuana Moods]
[lecture : Malcolm Lowry, Au-dessous du volcan, Buchet/Chastel, 1969, trad. Stephen Spriel et Clarisse Francillon, p. 73]
« La tragédie, proclamée, tandis qu’ils remontaient l’arc de cercle de l’allée, non moins par les trous qui y béaient que par les hautes plantes exotiques, livides et crépusculaires au travers des lunettes noires du Consul, succombant de toutes parts à une soif gratuite, titubant, semblait-il presque, les unes contre les autres mais luttant, comme en une vision des voluptueux expirants, pour garder une attitude suprême de puissance ou de fécondité collective saccagée, pensa vaguement le Consul, la tragédie semblait observée et interprétée par une personne en marche à ses côtés qui disait en souffrant pour lui : “Regarde : vois combien tristes, combien étranges peuvent être les choses familières. Touche cet arbre, qui fut ton ami : hélas, que ce que tu as eu dans le sang puisse jamais paraître si étrange ! Lève les yeux vers cette niche dans le mur là-haut sur la maison, où se tient toujours le Christ, souffrant, qui t’aiderait si tu lui demandais : tu ne peux lui demander. Considère l’agonie des roses. Vois, sur la pelouse les grains de café de Concepta, tu disais de María d’habitude, séchant au soleil. En connais-tu encore le doux arôme ? Regarde : les plantaniers aux singulières fleurs familières, jadis emblèmes de vie, à présent d’une malemort phallique. Tu ne sais plus aimer ces choses. Tout ton amour maintenant, ce sont les cantinas : faible survivance d’un amour de la vie à présent tourné en poison, qui seulement n’est point tout à fait poison, et le poison est devenu ta nourriture quotidienne, quant à la taverne —” »
« La tragédie, proclamée, tandis qu’ils remontaient l’arc de cercle de l’allée, non moins par les trous qui y béaient que par les hautes plantes exotiques, livides et crépusculaires au travers des lunettes noires du Consul, succombant de toutes parts à une soif gratuite, titubant, semblait-il presque, les unes contre les autres mais luttant, comme en une vision des voluptueux expirants, pour garder une attitude suprême de puissance ou de fécondité collective saccagée, pensa vaguement le Consul, la tragédie semblait observée et interprétée par une personne en marche à ses côtés qui disait en souffrant pour lui : “Regarde : vois combien tristes, combien étranges peuvent être les choses familières. Touche cet arbre, qui fut ton ami : hélas, que ce que tu as eu dans le sang puisse jamais paraître si étrange ! Lève les yeux vers cette niche dans le mur là-haut sur la maison, où se tient toujours le Christ, souffrant, qui t’aiderait si tu lui demandais : tu ne peux lui demander. Considère l’agonie des roses. Vois, sur la pelouse les grains de café de Concepta, tu disais de María d’habitude, séchant au soleil. En connais-tu encore le doux arôme ? Regarde : les plantaniers aux singulières fleurs familières, jadis emblèmes de vie, à présent d’une malemort phallique. Tu ne sais plus aimer ces choses. Tout ton amour maintenant, ce sont les cantinas : faible survivance d’un amour de la vie à présent tourné en poison, qui seulement n’est point tout à fait poison, et le poison est devenu ta nourriture quotidienne, quant à la taverne —” »
[lecture-bande-son : Bibi lit Malcolm Lowry, Under the Volcano, Penguin Books, 2000, p. 70]
mercredi 30 avril 2008
bosphore
J’ai été fondeur pendant trente-cinq ans, je suis tombé deux fois dans le coma à cause de la chaleur, parce que le métal en fusion sort à 1500 degrés.
Bouclant, citron pressé, ces semaines-ci un turbin.
« Voilà. Je suis abruti par le travail. Quand je tape beaucoup à la machine, je ne vois plus les mots que comme des assemblages de lettres. C’est f - a - t - i - g - a - n - t - E - t - j - e - t - e - m - b - r - a - s - s - e - b - i - e - n - f - o - r - t »
(Raymond Queneau à son fils, 6 janvier 1956)
Pas à l’œil. Non plus pour ceux d’une sur qui ci-dessous geint Vian [bande-son : Calypso Blues], d’une « méchante fe-e-mme », shampooineuse ou bien, boum boum, chez Max et qui s’écartant la corolle rendit certain « moitié coucou ».
Bouclant, citron pressé, ces semaines-ci un turbin.
« Voilà. Je suis abruti par le travail. Quand je tape beaucoup à la machine, je ne vois plus les mots que comme des assemblages de lettres. C’est f - a - t - i - g - a - n - t - E - t - j - e - t - e - m - b - r - a - s - s - e - b - i - e - n - f - o - r - t »
(Raymond Queneau à son fils, 6 janvier 1956)
Pas à l’œil. Non plus pour ceux d’une sur qui ci-dessous geint Vian [bande-son : Calypso Blues], d’une « méchante fe-e-mme », shampooineuse ou bien, boum boum, chez Max et qui s’écartant la corolle rendit certain « moitié coucou ».
Mais au début, on était en casquette, les casques c’est venu après. Ça a pas empêché qu’un gars a été décapité devant moi. Ça marque, ça. Ce qu’on avait surtout, c’était des brûlures de plomb, de zinc ou de soude caustique. On travaillait le plomb à 400 degrés. Vous voyez, on l’écumait sur le chaudron, quoi. J’ai vu des gars, dans ces années-là, en quatre heures, ils s’ingurgitaient sept à huit litres de bière. À l’époque, c’était un boulot de bagnard. Non, même les bagnards l’auraient pas fait.
Ça gravait alors au compas souf(f)re et potasse en mathélem, dans le gras des tables.
Ces chimies loin, ces matières, ce même bois dont on n’est pas fait, ces sorts peu communs. Ces feux et ces températures.
Embrasements non comparables.
Bûcher.
Bûche — Moi, j’ai du plomb dans le corps, quand mes articulations se bloquent, ça vient du plomb — avec l’or doux.
Pas à l’œil certes mais dans la bénévolence.
Alors chut.
Remise des feuillets le 06 mai.
Ça gravait alors au compas souf(f)re et potasse en mathélem, dans le gras des tables.
Ces chimies loin, ces matières, ce même bois dont on n’est pas fait, ces sorts peu communs. Ces feux et ces températures.
Embrasements non comparables.
Bûcher.
Bûche — Moi, j’ai du plomb dans le corps, quand mes articulations se bloquent, ça vient du plomb — avec l’or doux.
Pas à l’œil certes mais dans la bénévolence.
Alors chut.
Remise des feuillets le 06 mai.
dimanche 27 avril 2008
Un nerf de famille
« Il faut avoir connu Morlaix.
Ce qui y dégoutte de miroitement dans tout. Au centre le canal et la promenade, ses petits muscles ronds en platane, les bornes doigtant les ciels dans les panoramas de vitreuse vitre et la chaîne courant qui saute peu. Trente kilomètres qu’on voudrait en ligne droite et la mer fait au bout une nuit cani de chicots gris-blanc.
Et tout cela porte, à jamais fichée au profond, une ombre longue qui va.
Qui vient.
“Il ne naquit par aucun bout,
Fut toujours poussé vent-de-bout,
Et fut un arlequin-ragoût,
Mélange adultère de tout.” »
(Emmanuel Tugny, Corbière le crevant, Léo Scheer, Laureli, 2007, page 110)
Ce qui y dégoutte de miroitement dans tout. Au centre le canal et la promenade, ses petits muscles ronds en platane, les bornes doigtant les ciels dans les panoramas de vitreuse vitre et la chaîne courant qui saute peu. Trente kilomètres qu’on voudrait en ligne droite et la mer fait au bout une nuit cani de chicots gris-blanc.
Et tout cela porte, à jamais fichée au profond, une ombre longue qui va.
Qui vient.
“Il ne naquit par aucun bout,
Fut toujours poussé vent-de-bout,
Et fut un arlequin-ragoût,
Mélange adultère de tout.” »
(Emmanuel Tugny, Corbière le crevant, Léo Scheer, Laureli, 2007, page 110)
Une coqueluche à bibi.
Auteur/compositeur/interprète, entre autres, itou — la plume et le ramage — on ouïra cette semaine Les hirondelles dans le « juke-box du honky tonk » (lever l’œil au ciel de la page, à tribord toute).
Auteur/compositeur/interprète, entre autres, itou — la plume et le ramage — on ouïra cette semaine Les hirondelles dans le « juke-box du honky tonk » (lever l’œil au ciel de la page, à tribord toute).
AJOUT DU 05 MAI : le temps passant, Les Hirondelles désormais trissent ici :
mercredi 23 avril 2008
Scolies
Il sentit le contactdes deux — et il y eut les galops du cœur — bras frais. De près, cette fois, — toutes les fois la langue, toutes, tout à fait ferrant — friandise fraîche et grosse et moelleuse abondance du pansu bout glutineux contre le RIZ LA ┼ — on rentre —
il vit les yeux dorés — l’œil bleuet qu’un rêve en sus... —, piquetés de lueurs — contre l’ivresse —, les joues triangulaires — (joue) —, les dents — ses dents aveuglantes parmi les glouglous et comme eux claires — luisantes.
— Et comment prendre cela qu’on dit par les cornes. —
Une seconde — l’ivresse grasse (le risque) du sentiment —, il goûta la pression — textile, tricot coton cuir sang sec, popeline, aussi suède, de l’acrylique — tendre des lèvres entrouvertes — inamicaux bords inamicaux de la plaie —, une seconde il eut tout contre lui — lèvre effarée — le corps — cherchant — drapé de soie — à tâtons pile sa lippe — resplendissante — ce pantalon shantung puce — et déjà il était — sonnant le creux mieux qu’un moule de chocolatier, —
seul,
déjà — on rentre — il s’éloignait, — toutes les fois la langue, toutes, tout à fait ferrant — elle souriait de loin, un peu triste, — “Visionné Un homme et une femme, [bravo - je vous aime - anne - montmartre 15 40], aussi sec hameçonnant ; d’où l’idée de t’en faire part ? ça” —
elle se consolerait vite, — « le désir d’y voir clair entravé par le souci de s’épargner le spectacle du pire » — on le voyait aux coins — contre l’ivresse grasse du sentiment — déjà relevés de ses yeux jaunes — il quittait — l’œil, l’œil très, l’œil qui mange et mangé, l’œil bleuet, le champ qu’en rêve — la pièce, rester était impossible —
— on est en train de rentrer ? —
Il fallait tout reprendre au début et, cette fois, ne plus s’arrêter en route.
— La cantilène à bibi — mode piètre —
Il remonta — cantilène gélive, mode : haridelle du cœur boiteuse — au sommet de l’immense bâtiment,
— n’en finissons pas, voulez-vous, de rentrer —
se jeta dans le vide,
et sa tête fit une méduse rouge sur l’asphalte de la cinquième avenue.
« Il sentit le contact des deux bras frais. De près, cette fois, il vit les yeux dorés, piquetés de lueurs, les joues triangulaires, les dents luisantes. Une seconde, il goûta la pression tendre des lèvres entrouvertes, une seconde il eut tout contre lui le corps drapé de soie resplendissante et déjà il était seul, déjà il s’éloignait, elle souriait de loin, un peu triste, elle se consolerait vite, on le voyait aux coins déjà relevés de ses yeux jaunes — il quittait la pièce, rester était impossible — Il fallait tout reprendre au début et, cette fois, ne plus s’arrêter en route. Il remonta au sommet de l’immense bâtiment, se jeta dans le vide, et sa tête fit une méduse rouge sur l’asphalte de la cinquième avenue. »
(Boris Vian, Le Rappel)
vendredi 11 avril 2008
La mauve par la racine
À semi grandir au sein du vieux, l’on apprit comme un siècle plus tôt qu’on raffole de quelque chose mais qu’on adorait quelqu’un — et qu’encore estimer prou n’y suffit pas. « C'est par abus qu'on emploie adorer pour aimer beaucoup [...]. Delille dit que Voltaire adorait le café. Un autre adore les huîtres. De telles expressions, dites sérieusement, corrompent la langue. » L’œil à table en cas d’hérésie virait torve, la giboulée non minceet bordée pour suivre.
Vint — feu le vieux mais igné, par devers soi consumable à l’envi — le sentimentalement démissionnaire.
Au bar, dit-on, du Louxor.
Mais je suis une merde et je vous emmerde.
Dire du coup (manumission) qu’on adore, oui, ce dessin de François Matton.
Je suis un poète et je vous emmerde.
Que sa violine affole — qui n’en serait raffolé ?
C’est la belle emplie d’aplat parme, l’agenouillement lilas puis les mains qu’on pressent, jointives, que l’on flaire, prophétise — de même la face lisse — c’est à l’économie et pour la raison même émeut —, donc les mains, soupçonnées juste, conjecturées, trempant à ce bain zinzolin que la croupe et le ventre, et les seins, suceraient comme des pailles à l’égal d’un sirop — le galbe, on note, du mollet droit jarretant l’autre cuisse n’est pas rien — jusqu’aux pieds esquissés. C’est la tartine améthyste et les promesses du quatre-pattes. La douceur de l’uniment appliqué, du badigeon prune.
Ça appelle le geste, ce qu’on exige de suave et de la véhémence.
Une virulence quetsche.
Un tue-chien comestible.
dimanche 16 mars 2008
Les cages à miel de saint Jérôme
Ce vendredi 14, la Radio Suisse Romande recevait les poètes Nicolas Pesquès et Martin Rueff (respectivement traducteurs de l'Américaine Cole Swensen et d'Eugenio De Signoribus l'Italien).Je ne fais aucune différence dans mon activité entre écrire de la poésie et en traduire. Ça fait partie du travail.
Et la belle formule que Rueff applique tant à un artisanat qu'à l'autre :
« Le “se laisser aller” à la langue. »
Bref, vingt-cinq minutes non négligeables à écouter par exemple ci-dessous :
samedi 15 mars 2008
Le stylo et la feuille
Les membres du groupe IAM pour leurs vingt ans de carrière donnent un concert au pied des pyramides d’Égypte - ça a l’air d’une falaise, de quelque chose de la naturede je ne sais quoi de terrible qui va vous écraser -, accompagnés de soixante-dix musiciens du cru.
« Donne-moi un son cru, je mordrai dedans à pleines dents. »
Orchestre populaire, orchestre national du Caire
À maints égards et joliment : le mariage de la carpe et du lapin.
Vagues de sable violettes. C’est un océan violet.
Vagues de sable violettes. C’est un océan violet.
De concert, c’est tout, avec la mer sans marée, j’avale un verre de rhum que je ne tarde pas à vomir et je rentre dans ma cabine où je reste toute la journée sans bouger dans un état de torpeur. La mer qui fait un œil. Avec Marseille aussi d’où, l’envie prenant là d’ajouter au bric-à-brac, chaos de cris et de paquets, sans plus craindre le déconcert (« les pieds dans les étriers, musical destriers »), Flaubert s’embarque le 4 novembre 1849 pour l’Égypte avec deux caisses pesant cent dix kilos et son ami Du Camp.
On colle et s’approprie - « ne rien lâcher, la plume notre arme » -, on coupe, on coupe on découpe on débite on tranche. On morcelle, on charcute.
On sample.
On tâche à maintenir le flow, l’eau salée m’écume au cœur, « hors course, hors norme, sans bornes ».
Au pied des pyramides.
Je me foutais une ventrée de couleurs.
Micros d’argent non loin de l’archiverte prairie, des lopins noirs comme poix, des lopins nets, carrés, cultivés, bois de palmiers. Y voit-on toujours ces roues hydrauliques tournées diversement par des chameaux ou des bœufs ?
Le soleil paraît —il va vite et monte par-dessus les nuages oblongs qui semblent du duvet d’un flou inexprimable.
Quoi faire ici hors agencer pièce à pièce un réel à sa main, « on mendie pas, on pleure pas, on râle pas, on dort pas, on meurt pas, on construit » - des oasis à doums, dattiers peut-être et sycomores...
... « could we bring it to the world? »...
Le sable, les pyramides, le Sphinx, tout gris et noyé dans un grand ton rose ; le ciel est tout bleu ; les aigles tournent en planant lentement autour du faîte des pyramides.
On sample.
On tâche à maintenir le flow, l’eau salée m’écume au cœur, « hors course, hors norme, sans bornes ».
Au pied des pyramides.
Je me foutais une ventrée de couleurs.
Micros d’argent non loin de l’archiverte prairie, des lopins noirs comme poix, des lopins nets, carrés, cultivés, bois de palmiers. Y voit-on toujours ces roues hydrauliques tournées diversement par des chameaux ou des bœufs ?
Le soleil paraît —il va vite et monte par-dessus les nuages oblongs qui semblent du duvet d’un flou inexprimable.
Quoi faire ici hors agencer pièce à pièce un réel à sa main, « on mendie pas, on pleure pas, on râle pas, on dort pas, on meurt pas, on construit » - des oasis à doums, dattiers peut-être et sycomores...
... « could we bring it to the world? »...
Le sable, les pyramides, le Sphinx, tout gris et noyé dans un grand ton rose ; le ciel est tout bleu ; les aigles tournent en planant lentement autour du faîte des pyramides.
Nos portes à dégonder.Au pied des pyramides.
« Le sérieux avec lequel nous considérons la littérature serre le cœur. »
Parfois.
Au pied des pyramides et dedans.
Dedans, où Paul Fournel entraîne un jour Le Clézio, « sa tête blonde qui fore dans le noir ». Dedans comme Flaubert avant eux qui mit Anubis au clou, ayant lu Gautier, pour un jour nous léguer Salammbô : « Il fait sueur. Sueur des efforts et sueur de cette espèce de trouille respectueuse qui vous saisit à l’idée que vous pourriez rester là, piégé pour les siècles [...]. Ce n’est qu’au-dehors sous le ciel bleu, pendant que l’on enfile les pulls dans le vent frais, que nous comprenons que l’attrait de la visite des pyramides tient non pas à ce que l’on peut y voir, mais à cette gamme bien particulière de terreurs fondamentales que l’on y expérimente. »
Chacun, l’abri est sous la brique, façonnant sur un bord ou l’autre de l’eau sa pyramide intime, absconse et subreptice où vont la vie, la nuit, la nuit, la ville : « ... la nuit était tombée subitement, car il n’y a pas de crépuscule en Égypte ; la nuit, ou plutôt un jour bleu succédant à un jour jaune. »
La nuit, le puits du cœur où sont « nos heures de rage, nos heures de poisse, désert de calme, nos heures de crasse, nos heures de classe, nos heures d’amour, nos heures de haine », qu’on pétrit à sa main, la pyramide intérieure où on parle pour son bonnet l’idiome ineffable, olympien, calme, fou de rage sous le masque de bois, derrière les moustaches de clown de Flaubert.L'encre coule à flots de minuit à minuit.
Parfois.
De minuit à minuit le flow d'IAM dans ses micros d'argent.
« Le soleil se couche. La verte Égypte au fond ; à gauche, pente de terrain toute blanche ; on dirait de la neige. Les premiers plans sont tout violets ; les cailloux brillent, baignés littéralement dans de la couleur violette, on dirait que c’est une de ces eaux si transparentes qu’on ne les voit pas, et les cailloux entourés de cette lumière glacée sur elle ont l’air métallique et brillent. Un chacal court et fuit à droite — on les entend glapir à l’approche de la nuit.
C’est au soleil couchant qu’il faut voir les pyramides. »
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