dimanche 30 mars 2008
mardi 25 mars 2008
« ensuite ressavon du porte-savon savourons »
Accroupie sur fond fer.Cerclée par les parois du tub.
Le dos pâle semble bon à lécher, qu’une poignée de côtes vallonne, lisse en tout cas et fondant comme un palet de dame.
De petites côtes pareilles il se souvient d’en avoir un soir serré sous leur laine (ce pouvait être octobre ou novembre), proche l’église dont en dépit de son éclairage à giorno la façade ne lui semblait pas, contre ses épaules ni la nuit, peser plus qu’un carré de soie dans ce mouchoir marine qui tous deux les poignait sans efficace.
Possiblement un pastel.
Une éponge se verrait appliquée sur la nuque.
Ou le tibia, celle-ci dans le cerne mou d’une baignoire, cuve en cuivre et qu’on suppose sans pieds (genre poissonnière n’était la flaccidité des bords), à moins que pieds de griffon, qui quoi qu’il en soit la sertit dans un bouillon couleur d’absinthe.
À la croupe un bataclan sur une table, la brosse et de fausses mèches, pot à eau panse nacrée, nulle cuvette ; en sus et lâchant pauvrement des lueurs un pichet à couvercle dont il sait les soudures de l’anse tant grossières que bleues - il se rappelle un que chez son oncle on disposait bosselé sur un réchaud.
Les poissonnières souvent sont martelées, la baignoire ne l’est pas.
La cruche à sa façon bisse en reflets la chevelure de celle au tub, non point si rousse que du ton d’un pain.
Sobriété de mise dans les deux images, la chair seule inviterait à moins de continence.
vendredi 21 mars 2008
Pâques aux tikkis
« Mais un homme maigre, aux yeux vifs, et dont les oreilles appesanties d’anneaux traînent sur les épaules, prend le parler tout seul. Il dit connaître les signes.“D’où viens-tu, toi ?
— Ma terre est nommée : Nombril-du-monde. Et moi, Tumahéké. Ma terre nage au milieu de la très grande mer toute ronde et déserte — ainsi qu’un nombril, ornement d’un ventre large et poli. On l’appelle aussi Vaïhu [autre nom de l'île de Pâques].
“Le sol est dur, poudroyant de poussière rouge et noire, desséché, caverneux. Seulement une petite herbe courte le revêt. Les rivières manquent. L’île a soif. Mais ses habitants sont ingénieux plus que tous les hommes de même couleur de peau. — Les arbres sont rares. Il fait froid. Les faré, on les bâtit avec de la boue et des pierres, et si bas, qu’on n’y entre qu’en rampant. On y brûle des herbes. Il fait froid.”
(...)
Tumahéké vante sa terre : “Nous avons de très grands Tiki, taillés dans la roche des montagnes. Ils regardent les eaux, toujours, avec des yeux plats et larges, sous un front en colère : la mer a peur et n’ose pas monter trop haut, sur la rive.
“Quant aux signes, on les tatoue, avec une pierre courante, sur des bois polis et plats qu’on nomme ensuite Bois-intelligents. Lorsque la tablette est incrustée comme une peau de chef, alors l’homme habile y trace son Rua, qui est sa marque à lui-même.
“Et l’on peut, longtemps après, reconnaître un à un les signes — comme un homme reconnaît ses fétii — par leurs noms. On dit alors : les Bois parlent.
— Ha ! crie Paofaï avec une joie, j’irai dans ton île ! Je vais avec toi ! Où est ta pirogue ?” »
(Victor Segalen, Les Immémoriaux)
mercredi 19 mars 2008
ps / cg
On grignotait ce soir-là des anchois séchés en buvant une bière fraîche. Du riz viendrait, un chutney. Il y avait des rideaux, des coussins, une lampe et de quoi rouler des cigarettes.Patti Smith ne me disait pas grand-chose.
Elle nous fit un sort.
Sans crier gare, le kif.
La baffe. Ce coup. La bosse. Un bleu. Le feu. Ce feu. Ce feu-là, de plusieurs voix nourri (ces couleurs diverses, les mélanger) et qui s’enfle en roulant brique à brique (leurs brèches mêmes n’y manquaient pas) / nourrissant / le Tohu et le Bohu qui sont là-dessous, nous allons en faire quelque chose sur quoi on peut mettre le pied / la poigne à hauteur du poignant, le chant / l’incantatoire, la jeunesse qui démontre que la matière et le miracle s’imbriquent comme mortaise et tenon, la jeunesse éternelle, jeunesse quoi qu’il en soit et forcenée / bûches et chute et choc, sans un pli, à hauteur impeccablement toujours des majeures ascensions — vingt arpents de terre prise sur Tohu et Bohu / le rock, l’anglais, le slogan et la gueule — c’est le mot gloire / les langues tissant enlacées jusqu’à l’os une Patti Smith en chair, dive incantatrice, les voix tournent, le français / c’est flagrant et visible / la prière immanente, la musique avec la vie, le poème, le heurt la giration la trombe, le remous. La raclée.
Bref ce fut en gros sans les détails Le corps plein d’un rêve, Sept vies de Patti Smith de Claudine Galea.
Ça s’écoute ce samedi 22 mars 2008 à 22 h 10 sur France-Culture.
Ça se découvre en attendant par ici.
(Ça se réécoutera une semaine durant via le site de la station.)
À signaler en sus une exposition Patti Smith à la Fondation Cartier, Paris, du 28 mars au 22 juin 2008.
lundi 17 mars 2008
Snapshot : la cauriste
Une ample Africaine tient au creux d’un van tressé qu’elle a calé dans son giron une poignée de cauris, les jours sont lénifiants, considérable la ramée et tendre encore, c’est sur un banc vert wagon du boulevard Ornano, le printemps vient, consultante sans mise qu’on lui envierait, lasse il semble. À ses deux pieds deux mules. « Il m’a dit qu’il allait divorcer — Il ne va pas divorcer (la voix, son noir volume, le visage de cuir oint qui l’épanche) — Mais il m’a dit (grasse, en cheveux) — Il ne va pas divorcer (le cuir est impavide). »Alors on lisait Stolz : Il lui fallait apprendre à voir, songeait-il confusément, et soudain il se sentit submergé d’une immense nostalgie de contemplation tranquille.
L’observation contre la scie du souvenir.
(750 signes)
dimanche 16 mars 2008
Les cages à miel de saint Jérôme
Ce vendredi 14, la Radio Suisse Romande recevait les poètes Nicolas Pesquès et Martin Rueff (respectivement traducteurs de l'Américaine Cole Swensen et d'Eugenio De Signoribus l'Italien).Je ne fais aucune différence dans mon activité entre écrire de la poésie et en traduire. Ça fait partie du travail.
Et la belle formule que Rueff applique tant à un artisanat qu'à l'autre :
« Le “se laisser aller” à la langue. »
Bref, vingt-cinq minutes non négligeables à écouter par exemple ci-dessous :
samedi 15 mars 2008
Le stylo et la feuille
Les membres du groupe IAM pour leurs vingt ans de carrière donnent un concert au pied des pyramides d’Égypte - ça a l’air d’une falaise, de quelque chose de la naturede je ne sais quoi de terrible qui va vous écraser -, accompagnés de soixante-dix musiciens du cru.
« Donne-moi un son cru, je mordrai dedans à pleines dents. »
Orchestre populaire, orchestre national du Caire
À maints égards et joliment : le mariage de la carpe et du lapin.
Vagues de sable violettes. C’est un océan violet.
Vagues de sable violettes. C’est un océan violet.
De concert, c’est tout, avec la mer sans marée, j’avale un verre de rhum que je ne tarde pas à vomir et je rentre dans ma cabine où je reste toute la journée sans bouger dans un état de torpeur. La mer qui fait un œil. Avec Marseille aussi d’où, l’envie prenant là d’ajouter au bric-à-brac, chaos de cris et de paquets, sans plus craindre le déconcert (« les pieds dans les étriers, musical destriers »), Flaubert s’embarque le 4 novembre 1849 pour l’Égypte avec deux caisses pesant cent dix kilos et son ami Du Camp.
On colle et s’approprie - « ne rien lâcher, la plume notre arme » -, on coupe, on coupe on découpe on débite on tranche. On morcelle, on charcute.
On sample.
On tâche à maintenir le flow, l’eau salée m’écume au cœur, « hors course, hors norme, sans bornes ».
Au pied des pyramides.
Je me foutais une ventrée de couleurs.
Micros d’argent non loin de l’archiverte prairie, des lopins noirs comme poix, des lopins nets, carrés, cultivés, bois de palmiers. Y voit-on toujours ces roues hydrauliques tournées diversement par des chameaux ou des bœufs ?
Le soleil paraît —il va vite et monte par-dessus les nuages oblongs qui semblent du duvet d’un flou inexprimable.
Quoi faire ici hors agencer pièce à pièce un réel à sa main, « on mendie pas, on pleure pas, on râle pas, on dort pas, on meurt pas, on construit » - des oasis à doums, dattiers peut-être et sycomores...
... « could we bring it to the world? »...
Le sable, les pyramides, le Sphinx, tout gris et noyé dans un grand ton rose ; le ciel est tout bleu ; les aigles tournent en planant lentement autour du faîte des pyramides.
On sample.
On tâche à maintenir le flow, l’eau salée m’écume au cœur, « hors course, hors norme, sans bornes ».
Au pied des pyramides.
Je me foutais une ventrée de couleurs.
Micros d’argent non loin de l’archiverte prairie, des lopins noirs comme poix, des lopins nets, carrés, cultivés, bois de palmiers. Y voit-on toujours ces roues hydrauliques tournées diversement par des chameaux ou des bœufs ?
Le soleil paraît —il va vite et monte par-dessus les nuages oblongs qui semblent du duvet d’un flou inexprimable.
Quoi faire ici hors agencer pièce à pièce un réel à sa main, « on mendie pas, on pleure pas, on râle pas, on dort pas, on meurt pas, on construit » - des oasis à doums, dattiers peut-être et sycomores...
... « could we bring it to the world? »...
Le sable, les pyramides, le Sphinx, tout gris et noyé dans un grand ton rose ; le ciel est tout bleu ; les aigles tournent en planant lentement autour du faîte des pyramides.
Nos portes à dégonder.Au pied des pyramides.
« Le sérieux avec lequel nous considérons la littérature serre le cœur. »
Parfois.
Au pied des pyramides et dedans.
Dedans, où Paul Fournel entraîne un jour Le Clézio, « sa tête blonde qui fore dans le noir ». Dedans comme Flaubert avant eux qui mit Anubis au clou, ayant lu Gautier, pour un jour nous léguer Salammbô : « Il fait sueur. Sueur des efforts et sueur de cette espèce de trouille respectueuse qui vous saisit à l’idée que vous pourriez rester là, piégé pour les siècles [...]. Ce n’est qu’au-dehors sous le ciel bleu, pendant que l’on enfile les pulls dans le vent frais, que nous comprenons que l’attrait de la visite des pyramides tient non pas à ce que l’on peut y voir, mais à cette gamme bien particulière de terreurs fondamentales que l’on y expérimente. »
Chacun, l’abri est sous la brique, façonnant sur un bord ou l’autre de l’eau sa pyramide intime, absconse et subreptice où vont la vie, la nuit, la nuit, la ville : « ... la nuit était tombée subitement, car il n’y a pas de crépuscule en Égypte ; la nuit, ou plutôt un jour bleu succédant à un jour jaune. »
La nuit, le puits du cœur où sont « nos heures de rage, nos heures de poisse, désert de calme, nos heures de crasse, nos heures de classe, nos heures d’amour, nos heures de haine », qu’on pétrit à sa main, la pyramide intérieure où on parle pour son bonnet l’idiome ineffable, olympien, calme, fou de rage sous le masque de bois, derrière les moustaches de clown de Flaubert.L'encre coule à flots de minuit à minuit.
Parfois.
De minuit à minuit le flow d'IAM dans ses micros d'argent.
« Le soleil se couche. La verte Égypte au fond ; à gauche, pente de terrain toute blanche ; on dirait de la neige. Les premiers plans sont tout violets ; les cailloux brillent, baignés littéralement dans de la couleur violette, on dirait que c’est une de ces eaux si transparentes qu’on ne les voit pas, et les cailloux entourés de cette lumière glacée sur elle ont l’air métallique et brillent. Un chacal court et fuit à droite — on les entend glapir à l’approche de la nuit.
C’est au soleil couchant qu’il faut voir les pyramides. »
jeudi 13 mars 2008
Ça presse
« Le blog, notre gueuloir électronique » - neuf auteurs causent blogs littéraires : Emmanuelle Pagano, François Bon, Christophe Claro, Laure Limongi, Charles Pennequin, Éric Chevillard, Emmanuel Tugny, Pierre Ménard, Emmanuel Rabu.
mercredi 12 mars 2008
Citation du jour
Dynamiter, disperser, ventiler
« - La psychologie, y'en a qu'une : défourailler le premier.
- C'est un peu sommaire, mais ça peut être efficace. »
Mairie de Neuilly, 9 mars 2008 :
- C'est un peu sommaire, mais ça peut être efficace. »
Mairie de Neuilly, 9 mars 2008 :
lundi 10 mars 2008
Bienvenue chez les Ch'tis (1)
Le coup de poussière fait au matin du 10 mille quatre-vingt-dix-neuf morts sur 1800 mineurs engouffrés.
On voit, dit-on, gicler un cheval.
Le carreau bien sûr est saccagé, la carne fuse dans la nue rabattue, la carne qui sans déroger reparaît morte.
Le gisement fournissait alors 7 % de la production nationale de charbon.
Les rosses, on sait ça, remontent crevées, descendues d’abord demi-crevant, moitié liquidées par l’effroi, semi-claquées de sombrer dans la suie.
La catastrophe provoqua une crise politique et un mouvement social qui déboucha sur l’instauration du repos hebdomadaire.
À telle enseigne qu’il faut, sinon leur coeur lâche, au-dessus du puits de brou, à l’entrée du bain fusain où on les enfourne pour qu’elles tirent en bas des wagons, couvrir d’un linge leur trouble tête.
En quelques secondes la fosse 2 (Auguste Lavaurs), la fosse 3 dite Lavaleresse, la fosse 4 - Sainte-Barbe.
D’où j’écris, pourtant, l’on voit les dents luire sous le tissu, les dents balayées par l’haleine folle, vastes dents que les lèvres troussées dégagent et qui sans espoir d’être jamais déterrées pellettent, frénétiques, le bistre.
L’ingénieur général Delafond fit murer une partie de la mine pour préserver le gisement.
Songerait-elle, la carne, qu’elle croirait qui sait que l’existence consiste entière en cette immersion ralentie, ce plongeon nègre et les vains efforts consécutifs.
émotion polémique gestion obsèques huées syndicats grève incidents clémenceau gendarmes soldats
Treize trains de renforts militaires.
S’imaginerait, la rosse, que la vie revient à mordre immodérément au plus épais du cirage.
(à suivre)
mardi 4 mars 2008
lundi 3 mars 2008
Ouvrard de littérature potentielle
Ceci est un corps qui pourrait être le mien.
« Le peu de santé n'est pas la maladie ni cet au-delà de la santé qu'est l'amour (encore qu'il y ait un bon usage des maladies et dans l'amour un espoir d'innocence) ; cela regarde la pauvreté, la sainteté, la littérature dans ce qu'elle a de meilleur : l'expérience noire de soi (à mille lieues du misérable souci de soi que forge l'individualisme petit-bourgeois). »
(Richard Millet, L'Orient désert, Le Mercure de France, 2007, p. 57)Idéalement.
Mais le déplaisir quotidien de se tenir en lisière.
Partant : à la lisière de.
Cette manière d'exaspérant recul, je suis malade, je ne sais d'où, mais très.
La laisse implacable, vieux couplet.
« Le peu de santé comme distance, regard, surplomb, hauteur : position morale. » (Ibid. p. 58)
Si seulement.
Le peuh de santé.
Rengaine vieille, et l'indéboulonnable scie.
... nous espérons de vivre, mais nous ne vivons pas.
De soi le deuil anthume, opposant à la défaite annoncée le choix bancroche de se défaire par avance.
Comme si.
Pour seul sursaut : le croupeton.
Cowards die many times before their deaths.
Ce serait à crever de rire.
Idéalement.
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