J’ai été fondeur pendant trente-cinq ans, je suis tombé deux fois dans le coma à cause de la chaleur, parce que le métal en fusion sort à 1500 degrés.
Bouclant, citron pressé, ces semaines-ci un turbin.
« Voilà. Je suis abruti par le travail. Quand je tape beaucoup à la machine, je ne vois plus les mots que comme des assemblages de lettres. C’est f - a - t - i - g - a - n - t - E - t - j - e - t - e - m - b - r - a - s - s - e - b - i - e - n - f - o - r - t »
(Raymond Queneau à son fils, 6 janvier 1956)
Pas à l’œil. Non plus pour ceux d’une sur qui ci-dessous geint Vian [bande-son : Calypso Blues], d’une « méchante fe-e-mme », shampooineuse ou bien, boum boum, chez Max et qui s’écartant la corolle rendit certain « moitié coucou ».
Bouclant, citron pressé, ces semaines-ci un turbin.
« Voilà. Je suis abruti par le travail. Quand je tape beaucoup à la machine, je ne vois plus les mots que comme des assemblages de lettres. C’est f - a - t - i - g - a - n - t - E - t - j - e - t - e - m - b - r - a - s - s - e - b - i - e - n - f - o - r - t »
(Raymond Queneau à son fils, 6 janvier 1956)
Pas à l’œil. Non plus pour ceux d’une sur qui ci-dessous geint Vian [bande-son : Calypso Blues], d’une « méchante fe-e-mme », shampooineuse ou bien, boum boum, chez Max et qui s’écartant la corolle rendit certain « moitié coucou ».
Mais au début, on était en casquette, les casques c’est venu après. Ça a pas empêché qu’un gars a été décapité devant moi. Ça marque, ça. Ce qu’on avait surtout, c’était des brûlures de plomb, de zinc ou de soude caustique. On travaillait le plomb à 400 degrés. Vous voyez, on l’écumait sur le chaudron, quoi. J’ai vu des gars, dans ces années-là, en quatre heures, ils s’ingurgitaient sept à huit litres de bière. À l’époque, c’était un boulot de bagnard. Non, même les bagnards l’auraient pas fait.
Ça gravait alors au compas souf(f)re et potasse en mathélem, dans le gras des tables.
Ces chimies loin, ces matières, ce même bois dont on n’est pas fait, ces sorts peu communs. Ces feux et ces températures.
Embrasements non comparables.
Bûcher.
Bûche — Moi, j’ai du plomb dans le corps, quand mes articulations se bloquent, ça vient du plomb — avec l’or doux.
Pas à l’œil certes mais dans la bénévolence.
Alors chut.
Remise des feuillets le 06 mai.
Ça gravait alors au compas souf(f)re et potasse en mathélem, dans le gras des tables.
Ces chimies loin, ces matières, ce même bois dont on n’est pas fait, ces sorts peu communs. Ces feux et ces températures.
Embrasements non comparables.
Bûcher.
Bûche — Moi, j’ai du plomb dans le corps, quand mes articulations se bloquent, ça vient du plomb — avec l’or doux.
Pas à l’œil certes mais dans la bénévolence.
Alors chut.
Remise des feuillets le 06 mai.














On signale une encyclopédie (en cours de constuction) consacrée aux génocides et crimes contre l’humanité :
« Sa sœur cadette s’avança vers un des Allemands —

/ C’est avec déception que j’ai pris conscience de tout cela. Pour renoncer à la société, s’abstenir de toute distraction, s’imposer le détachement de toute ambition professionnelle et de toute illusion sociale, de tout poison culturel, et de toute intimité séduisante, pour s’astreindre à la réclusion rigoureuse des ermites qui se claustrent dans des cellules, des cavernes ou des huttes au fin fond des forêts, il faut une trempe plus opiniâtre que la mienne. [...] Alors, puisque j’ai fait de mon isolement radical une existence riche, pleine, solitaire, pourquoi, de but en blanc, me sentirais-je en manque ? En manque de quoi ? Ce qui n’est plus là n’est plus là. On ne peut pas assouplir la rigueur, défaire les renoncements. En manque de quoi ? La réponse est simple : en manque de tout ce qui m’inspirait de l’aversion ; de tout ce à quoi j’avais tourné le dos. L’imbroglio de la vie.
/ Rien ne dure et pourtant rien ne passe. Et rien ne passe justement parce que rien ne dure.
/ « Si Clinton l’avait enculée, elle aurait peut-être fermé sa gueule. [...] S’il est pas foutu de percer Monica Lewinsky à jour, avec Saddam Hussein, il va être un peu mal. »
/ On ne cesse de périr. Quelle idée ! De quel cerveau malade est-elle sortie ? Et pourtant, qu’il fait beau aujourd’hui ! C’est un jour béni, un jour parfait, qui ne laisse rien à désirer dans une villégiature du Massachusetts, elle-même la plus jolie, la plus bénigne que la terre ait portée.
/ ... un instant plus tôt, nous étions, sur les instances croissantes de Mahler, dans le cercueil avec Coleman, en phase avec la terreur de l’éternité et le désir effréné d’échapper à la mort, et voilà que tout à coup, Dieu sait comment, nous nous retrouvions à soixante ou soixante-dix personnes au cimetière pour le regarder porter en terre, rituel passablement simple, solution au problème qui en vaut bien une autre et pour autant jamais tout à fait compréhensible : chaque fois, il faut le voir pour le croire.
/ La glace blanche du lac encerclant une tache minuscule, un homme, seul marqueur humain dans toute cette nature, telle la croix que trace l’illettré sur la feuille de papier : c’était là, sinon toute l’histoire, du moins le tableau dans son entier. Il est rare qu’en cette fin de siècle la vie offre une vision aussi pure et paisible que celle d’un homme solitaire, assis sur un seau, pêchant à travers quarante-cinq centimètres de glace, sur un lac qui roule indéfiniment ses eaux, au sommet d’une montagne arcadienne, en Amérique.
